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Full text of "Un parasite de la Myrmecia forficata Fabr."

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F. BLOCHMANN 



Extrait des Comptes-rendus de la Societe Entomologique de Belgique 

STANCE DU l ei FEVRIER 1890- 



UN PARASITE DE LA MYRMECIA FORFICATA FABR. 



J'eus la bonne fortune de recevoir par 1'entremise de M mc She- 
pherd a Aigle, 1'autorane passe, de Miss Shepherd qui habite Bulls 
Greek a 33 rallies au S. E. d'Adelai'de, dans 1'Australie du Sud,- un 
lot de fourmis parmi lesquelles se trouvait 1'espece ge'ante Myrine- 
cia forflcata Fabr. avec quelques $ et plusieurs chrysalides dans 
-'tfeurs cocons. L'ouvriere de cette espece mesure jusqu'a 25 milli- 
metres, le male jusqu'a 22 mill.; les cocons recus ont jusqu'a 26 
mil), de longueur. Ces derniers ont une forte coque d'un jaune bru- 
natre. Les ouvrieres ont un formidable aiguillon . 

Miss Shepherd e'crit que le nid de cette fourmi atteint dans les 
contre'es sauvages jusqu'a cinq pieds de haut et qu'il est.bati en 
terre avec du gravier a la surface. Le sommet est en pointe. Elle 
a vu deux de ces grands nids. L'un d'eux e'tait ebreche; elle 
voulut voir Finte'rieur, mais dut s'enfuir devant un essaim de 
fourmis qui la poursuivirent jusqu'a plusieurs metres du nid. On 
appelle en Australie cette fourmi Bull-dog Ant (fourmi boule- 
dogue). Sa piqure est si violente qu'elle produit aussitSt une pus- 
tule blanche sur la peau. Plusieurs piqures peuvent avoir des 
suites se'rieuses. Le fait est que les grandes Myrmecia d'Australie 
sont les plus terribles fourmis du monde, car elles joignent a lour 
e'norme taille des nids immenses tres peuple's, et surtout un aiguil- 
lon tres fort et un venin tres virulent. 

II me prit 1'idee d'examiner les chrysalides. J'ouvris quelques 
cocons, et je fus fort etonne de trouver dans les uns des nymphes 
d'ouvrieres aussitot reconnaissables, et dans les autres, absolu- 
ment semblables du reste, de curieuses nymphes plus courtes, plus 
trapues, en somme plus petites, couvertes d'aspe'rites et de hour- 



W.L. Brown, Jr. 

COLLECTION 



- soufflures, ne ressemblant guere a des nymphes de fourmis. Je crus 
au premier instant que c'e'taient des nymphes de males. Mais elles 
e'taient trop petites, trop trapues; la tete surtout e'tait trop petite. 
'Enfln, en grattant le thorax de 1'une d'elles, je vis apparaitre un 
magnifique reflei, d'un vert me'tallique avec une sculpture rugueuse. 
Ce fut un trait de lumiere. J'erilevai soigneusement la peau des 
nymphes et j'en sortis un magnifique liyme'noptere parasite long 
de 12 a 13 millimetres, avec la tete et le thorax d'un vert dore ou 
cuivre, 1'abdomen roussatre et un tres long et tres e'troit pe'dicule. 
II ne me fut .malheureusement plus possible d'etendre les ailes. 
Comme je n'entends rien a la classification des Hyme'nopteres non 
Formicides, j'envoyai cet insecte a I'e'mirient spe'daliste anglais 
M. Peter Cameron qui me re'pond que c'est une espece nouvelle du 
genre Euchavis Latr. M. Cameron la de'crit sous le nom ttEucliaris 
Myrmeciae Peter Cameron. 

La terrible Myrmecia forflcata se laisse done duper et laisse 
piquer ses larves par ce gros parasite aux vives couleurs qui ne' 
doit cependant pas etre difficile a voir ni a sentir pour elle. En 
efFet, la M.forficata a de gros yeux, de grandes antennes et une 
couleur d'un brim fonce uniforme qui exclut toute apparence .de 
mime'tisme. Comment cet insolent parasite atteint-il une couve'e si 
bien garde'e, car il faut bi'en qu'il 1'atteigne? II faudrait envoyer a 

-Bulls -Greek'-MvJ.-Hr Fabre de Serignair et nous It* s^aurions' 
bientot ! 

Mais comme ni lui ni moi ne pouvons y aller, nous en sommes 
re'duits aux conjectures. 'Pour ma part je soupconne que le malin 
Euclmris fatigue les Myrmecia en voletant derriere elles jusqu'a 
ce qu'il parvienne a se poser sur leur dos et a se faire porter ainsi 
paries de'fenseurs memes du nid jusqu'a la couve'e convoite'e, dans 
laquell'e le perfide et effronte coquin pond alors ses ceufs. Ce qui 
me pousse a cette conjecture est le fait suivant: Nous posse' dons en 
Europe deux petits larrons qui me paraissent etre du meme acabit 
et de 1'odysse'e desquels je n'ai jaraais observe que le premier 
episode. Ce sont un Diptere microscopique et un tres petit Hyme'- 
noptere, i'Elasmosoma berolinense Ruthe, dont j'ai de'ja de'crit les 
habitudes dans mes Fourmis de la Suisse (Geneve, chez Georg, 
1874). Ces deux insectes se voient voletant avec persistance a 
1'entre'e des fourmilieres, surtout lorsqu'on les derange, et 
cherchant avec une opiniatrete rarement couronne'e de succes a 
se poser sur 1'abdomen d'une fourmi. Us ne poursuivent que les 
fourmis bien portantes, jamais les blessees tors des combats. Je 
les ai observes poursuivant ainsi des Formica sangiiinea, rufa, 

fused etmSme des Lasius niger. Je croyais alors qu'ils cherchaient 
a piquer la fourmi- elle-meme pour y de'poser leur oeuf. Mais c'est 



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e'videmment une erreur. D'apres toutes les analogies connues 
aujourd'hui, elles en veulent aux larves, Seulement je ne les ai 
jamais vaes arriver aux larves et je n'ai jamais vu leurs nymphes 
dans les cocons de nos four-mis. Mais mon attention n'etait pas 
portee sur ce dernier fait, et je suis persuade qu'a present le fait 
de VEucliaris Myrmeciae et de la Myrmecia forficata connu, on 
ne tardera pas a decouvrir les nymphes de YElasmosoma beroli- 
nense dans les cocons des Formica. Quoi qu'il en soit, la nymphe 
de 1' 'EucJiaris nouvelle trouvee dans les cocons de la Myrmecia 
forficata est a ma connaissance le premier fait de parasitisme 
analogue de'montre chez les fourmis. 



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